19 février 2014

Deux ans ... deux blogs

Il y a un an, moi, Spipile, j'avais un an. Tu avais un an, toi aussi, petit blog de cuisine sympathique. Nous fêtions ça avec une bonne grippe, souviens-toi. C'était pas terrible, comme anniversaire. Nous distillions nos microbes sur un gâteau imaginaire, soufflant une bougie tout aussi irréelle.

Il y a un an, je me réjouissais d'avoir ouvert ce blog, d'avoir trouvé des lecteurs amateurs de goûters du dimanche et cookies en tout genre. Je comptais bien continuer.

Il y a un an, j'aimais la cuisine et je vous le disais. Il y a un an, j'aimais écrire et je n'osais pas. La confiance, il paraît.
C'est un truc assez flippant, la confiance en soi. Quand elle n'est pas là, on est coincé, attaché, bâillonné. On a beau gesticuler, on n'arrive pas à en placer une sans avoir peur d'être ridicule. Du coup, on se tait. Ou on dit des choses sans importance, on blague, on amuse la galerie sans dire l'essentiel. 
Mais le jour où elle débarque ... bon sang, quel pied ! Les cordes volent, le bâillon s'arrache d'un simple coup de dents. Et on ne peut plus s'arrêter. De parler, dans mon cas.

Alors pour notre deuxième anniversaire, ma cuisine et moi, on se fait un cadeau : un second blog, qui sent bon le cuir des vieux bouquins et le feu de bois. Qui fleure bon les madeleines. Qui veut dire qu'on a grandi.

Dans un an, j'aurai deux billets d'anniversaire à écrire. Pour l'instant, soufflons nos deux bougies.

Et mangeons nos 2 gâteaux !



Un 14 février, 18h54.

18h54. Il est tendu, légèrement essoufflé, le visage crispé. Les ridules de son front, plus marquées qu’à l’habitude, trahissent une anxiété qu’il a du mal à dissimuler. Il est certain que ses cheveux ont blanchi.
Il a tamisé la lumière et allumé quelques bougies. Des rouges, en forme de cœur, et des blanches à la flamme dansante. La table est dressée, simple mais jolie. Une brassée de fleurs dans ses mains tremblantes, il attend. Que la sonnette le fasse sursauter, que son cœur manque un battement, qu’elle ouvre enfin cette fichue porte et qu’il se délecte de son regard qui s’illumine. Qu’il cesse de retenir son souffle.

 

18h54. Elle se précipite vers les portes du magasin, les joues empourprées d’avoir tant couru. Le vigile la regarde d’un air renfrogné, et s’apprête à lui dire que « ça va fermer Madame », mais il émet un grognement et se ravise, sans trop savoir pourquoi. Il pourra toujours la mettre dehors si elle tarde à partir.
Elle déambule, à bout de souffle, dans les allées. Son regard court et balaye les rayons, vite vite, il faut choisir. Elle n’est pas douée pour ça, elle hésite, ne sait pas, elle doute, cela lui plaira t-il, ou plutôt ça ?
Cette belle écharpe, là-bas. Elle est chaude, rayée de bleu et de gris, douce. Elle l’imagine autour de son cou, elle s’imagine y enfouir son visage, elle y sent déjà son parfum.
La présence du vigile dans son dos la rappelle à l’ordre et à la réalité. Elle paie, vite vite. Son trésor dans les bras, elle se précipite vers les portes du magasin.

 

18h54. Les néons au-dessus de sa tête lui fichent la migraine. L’écran de son ordinateur aussi, d’ailleurs. Et les mots du dossier qu’elle essaie vainement de lire dansent devant ses yeux en une valse incompréhensible.
Elle a attendu toute la journée. Le regard rivé sur son téléphone, en alternance avec sa boîte mail. Qu’une petite enveloppe apparaisse, comme par magie, sur l’un ou l’autre. Qu’il lui montre qu’il pense à elle, un peu. Un tout petit peu.
Elle a entendu toute la journée. Ses collègues surexcitées lui parler de la soirée qu’elles vont passer, de leur mec qui n’a pas intérêt à se louper. Les infos, sur toutes les chaînes, lui parler de la soirée qu’elle devrait passer, puisqu’elle est amoureuse.
Elle en a mal à la tête. Et au cœur. Surtout au cœur. Pas d’enveloppe. Elle est seule. Elle n’a pas envie de rentrer.

 

18h54. A table ! Dans un vacarme assourdissant bien qu’habituel, les 3 marmots débarquent comme des furies dans la cuisine. « On mange quoi, Maman ? » Des pâtes, Trésor. Hurlements de joie des ventres à pattes et pâtes, Maman se félicite intérieurement. Les petites assiettes multicolores sont sur la table, débordent de spaghettis dûment arrosés de sauce tomate et de gruyère râpé.
30 minutes et 3 danettes plus tard, Maman contemple le champ de bataille déserté par les troupes. Sa nappe est maculée de rouge indélébile et de zébrée de chocolat. Les spaghettis et le gruyère forme une route sur laquelle ils ont fait rouler des voitures en croûton de pain. Elle pense soudain aux petits doigts crasseux qui sont probablement en train de repeindre les murs de leur chambre à l’identique et se précipite, lingette à la main.
30 minutes, 3 pipis, une histoire et 12 câlins plus tard, le calme est revenu. La porte s’ouvre. Papa regarde Maman. Il la trouve si cernée. Il la trouve si belle. Son cœur se serre et il la prend dans ses bras.

 

18h54.
 
 
 

Quand j'étais petite ...


Quand j’étais petite, je trouvais que la vie n’était pas très rigolote. Je crois que je n’avais rien compris à la vie, ou qu’on ne m’avait pas tout expliqué. Je trouvais Maman bien triste, je ne trouvais pas vraiment Papa. Je trouvais ma petite sœur jolie comme un cœur et beaucoup trop chipie pour moi. J’étais sérieuse et solitaire, rêveuse.

Quand j’étais petite, j’étais un vrai cœur d’artichaut. Il suffisait d’un sourire, j’en tombais à la renverse et éperdument amoureuse, pour toute une vie de deux semaines. J’effeuillais les pâquerettes un peu, beaucoup, mais finalement, il ne m’aimait pas du tout.

Quand j’étais petite, et que j’ouvrais ma fenêtre, je voyais des vignes à perte de vue, et la maison de ma voisine, que je n’aimais pas trop parce qu’elle avait les cheveux courts.  Juste sous mes volets, je voyais fleurir la verveine que j’avais plantée avec Maman. Si douce et si jolie. Et là-bas, baigné de soleil, l’amandier fleuri couvant de sa douceur la balançoire de mon enfance.

Quand j’étais petite, bien après le couvre-feu de 20h45, armée de ma lampe de poche et enfouie sous ma couette, je lisais Pagnol en rêvant du Canal du midi. A chaque pas dans le couloir, je jetais lumière et bouquin sous l’oreiller et retombait comme une masse, yeux mi-clos, bouche entrouverte et vaguement baveuse, simulant un léger ronflement. Aujourd’hui, je n’ai plus besoin de simuler.

Quand j’étais petite, j’avais l’accent chantant, et je chantais tout le temps. Enfermée dans ma chambre, à tue-tête ou en sourdine. Sur la route des vacances, mon casque vissé sur les oreilles et cassant celles de mes parents. J’avais certains goûts aujourd’hui inavouables, envoyés par -delà le fond tout à côté du Titanic. J’enregistrais mes vocalises et ce n’était jamais parfait. Quand j’étais petite, je chantais et j’adorais ça.

Quand j’étais petite, la vie était belle, finalement.

Sur une idée relayée par Sabine, Papacube et bien d'autres ... 

Le doute

Le doute, parfois
M'effleure, caresse,
Souffle à mon oreille,
Me laisse perplexe.
Songeuse, rêveuse,
D'un côté ou de l'autre,
Noir ou blanc
Ou gris pourquoi pas,
Et puis non.

Le doute, souvent
M'assaille, m'envahit,
M'écrase brusquement.
Je respire à peine.
Vieille cicatrice,
Brûle et me tiraille,
Me porte, m'enlace,
Serre fort et m'embrasse,
M'étouffe, faux ami.

Le doute, c'est moi.
C'est tout, pour rien.
Je rugis, je pleure,
Je tombe, peste, maudis,
Inspire encore, encore ...
J'ouvre les yeux.
La lumière m'aveugle
Et j'y vois enfin.
Il est parti.


Les cheveux blancs




J’ai des cheveux blancs. Des cheveux BLANCS. Qui s’invitent dans ma chevelure brune. J’aurais pu être blonde pour tout camoufler, pour une fois j’aurais pu l’espérer. Mais de la courbe de mes sourcils aux poils de mes orteils, je suis brune. Des aisselles aux mollets, quand il fait froid, je suis chocolat. Ça tombe plutôt bien, parce que j’aime ça. Pourtant depuis quelques temps, s’y mêlent des fils d’argent. Ça aurait pu bien tomber, parce que j’aime ça, mais pas autant que le chocolat. Je n’ai que 32 ans tout rond, hier encore 31 ans, toutes mes dents, et des cheveux blancs.

Comme pour me narguer, ce sont les plus brillants et les moins filasses que je n’ai jamais eus. Des cheveux en pleine santé qui témoignent de la mienne sur le déclin. Je les arrache donc consciencieusement et un par un, je sacrifie au passage quelques jeunes congénères dont le seul tort est d’avoir un mauvais voisinage. Mine de rien, de vieux ou pas, le cheveu blanc est coriace. Il ne se laisse pas mourir comme ça, non. Il est fier, il résiste, il se bat pour sa survie. Tel le Phoenix, lorsque je tente une extermination à coup de lisseur trop chaud, il renaît de ses cendres, ou plus souvent de ses racines, et repousse immanquablement. Plus fort, plus éclatant, plus épais, se tenant droit comme un I. C’est un rebelle, un vrai. Un peu comme moi. Un guerrier. Un peu comme moi. Une tête de pioche sur ma tête de cloche.

 
Je n’ai pas très envie de voir se matérialiser ainsi le temps qui passe et file à toute allure. Je me tartine de crème antirides et m’hydrate à tout va, je retiens ma frange avec les barrettes multicolores de mes filles, je porte à mes poignets une montre rose fluo et des bracelets fleuris d’où se balancent joyeusement des breloques de pain d’épices. Je suis jeune, je voudrais l’être encore plus pour profiter avec toute l’insouciance de ma trentaine des moments vécus à 20 ans. Ces fils clairs dans ma crinière font ombre au tableau.

Mais au fond de moi, je les aime bien. J’en garde quelques-uns, bien cachés sous des volutes brunes, qui me rappellent tout ce que j’ai vécu et qu’il est doux de vivre avec. Je suis petite et grande à la fois. Je suis une sale gamine et une maman heureuse. J’ai de chouettes gamines et je suis une femme amoureuse. Ça m’a pris du temps de m’en rendre compte et de l’accepter. Ça a pris du temps à mes cheveux blancs de pousser.

 
 
 

Bienvenue ...

Depuis toujours, j'aime me raconter des histoires. Les mots trottent dans ma tête, je ne prends pas le temps de les coucher sur papier, je les oublie.

Aujourd'hui, ils frappent à la porte, ils se rappellent à mon bon souvenir. Ils en ont assez d'être seuls dans un coin.

J'ai décidé de les laisser sortir de moi, et entrer chez vous. Parce que plus que me raconter des histoires, j'ai envie de les partager avec vous. Parfois drôles, parfois mélancoliques, parce que la vie est faite de tout cela.

Prenez place, installez vous au coin du feu ... Non, je déconne, je n'ai pas de cheminée. En revanche j'ai une cuisinière que je fais turbiner assez régulièrement : je vous invite à aller voir par ici.

Bref, faites comme chez vous, et revenez quand vous voulez !

Copyright Pierimport

Les petites madeleines

Bon, soyons cohérents, on ne peut tout mélanger, les torchons et les serviettes, les madeleines et les cookies.
 
La place de mes petits textes n'est pas vraiment dans un blog de cuisine.
 
Dans ma cuisine, on bouffe, on se marre, on trempe les doigts dans le pot de Nutella et on lèche allègrement la cuillère. Dans ma tête, c'est pas exactement pareil. C'est pas toujours multicolore, pas toujours sucré. Ca l'est souvent. Mais pas toujours.
 
Il me faut scinder les deux. Parce que j'aime les deux, et que je ne saurais choisir entre ma passion pour la cuisine, le plaisir que je prends à faire plaisir, à plonger les mains dans la pâte et à goûter, le dimanche après-midi, avec ceux que j'aime, et mon besoin d'écrire, de faire sortir ce qui me trotte dans le crâne depuis toujours.
 
Comme je suis une grande maboule, que j'ai un max de temps entre boulot, maison, cookies, enfants et mari, je m'en vais donc créer un deuxième blog.
 
Vous y êtes tous les bienvenus, que dis-je, vous êtes mes invités. J'espère que vous viendrez, que vous prendrez plaisir à vous vautrer dans un canapé moelleux et à m'écouter conter mes bêtises.
 
Les Petites Madeleines, c'est par ici ...
 

 
 

14 février 2014

Un 14 février, 18h54.

18h54. Il est tendu, légèrement essoufflé, le visage crispé. Les ridules de son front, plus marquées qu’à l’habitude, trahissent une anxiété qu’il a du mal à dissimuler. Il est certain que ses cheveux ont blanchi.
Il a tamisé la lumière et allumé quelques bougies. Des rouges, en forme de cœur, et des blanches à la flamme dansante. La table est dressée, simple mais jolie. Une brassée de fleurs dans ses mains tremblantes, il attend. Que la sonnette le fasse sursauter, que son cœur manque un battement, qu’elle ouvre enfin cette fichue porte et qu’il se délecte de son regard qui s’illumine. Qu’il cesse de retenir son souffle.

 

18h54. Elle se précipite vers les portes du magasin, les joues empourprées d’avoir tant couru. Le vigile la regarde d’un air renfrogné, et s’apprête à lui dire que « ça va fermer Madame », mais il émet un grognement et se ravise, sans trop savoir pourquoi. Il pourra toujours la mettre dehors si elle tarde à partir.
Elle déambule, à bout de souffle, dans les allées. Son regard court et balaye les rayons, vite vite, il faut choisir. Elle n’est pas douée pour ça, elle hésite, ne sait pas, elle doute, cela lui plaira t-il, ou plutôt ça ?
Cette belle écharpe, là-bas. Elle est chaude, rayée de bleu et de gris, douce. Elle l’imagine autour de son cou, elle s’imagine y enfouir son visage, elle y sent déjà son parfum.
La présence du vigile dans son dos la rappelle à l’ordre et à la réalité. Elle paie, vite vite. Son trésor dans les bras, elle se précipite vers les portes du magasin.

 

18h54. Les néons au-dessus de sa tête lui fichent la migraine. L’écran de son ordinateur aussi, d’ailleurs. Et les mots du dossier qu’elle essaie vainement de lire dansent devant ses yeux en une valse incompréhensible.
Elle a attendu toute la journée. Le regard rivé sur son téléphone, en alternance avec sa boîte mail. Qu’une petite enveloppe apparaisse, comme par magie, sur l’un ou l’autre. Qu’il lui montre qu’il pense à elle, un peu. Un tout petit peu.
Elle a entendu toute la journée. Ses collègues surexcitées lui parler de la soirée qu’elles vont passer, de leur mec qui n’a pas intérêt à se louper. Les infos, sur toutes les chaînes, lui parler de la soirée qu’elle devrait passer, puisqu’elle est amoureuse.
Elle en a mal à la tête. Et au cœur. Surtout au cœur. Pas d’enveloppe. Elle est seule. Elle n’a pas envie de rentrer.

 

18h54. A table ! Dans un vacarme assourdissant bien qu’habituel, les 3 marmots débarquent comme des furies dans la cuisine. « On mange quoi, Maman ? » Des pâtes, Trésor. Hurlements de joie des ventres à pattes et pâtes, Maman se félicite intérieurement. Les petites assiettes multicolores sont sur la table, débordent de spaghettis dûment arrosés de sauce tomate et de gruyère râpé.
30 minutes et 3 danettes plus tard, Maman contemple le champ de bataille déserté par les troupes. Sa nappe est maculée de rouge indélébile et de zébrée de chocolat. Les spaghettis et le gruyère forme une route sur laquelle ils ont fait rouler des voitures en croûton de pain. Elle pense soudain aux petits doigts crasseux qui sont probablement en train de repeindre les murs de leur chambre à l’identique et se précipite, lingette à la main.
30 minutes, 3 pipis, une histoire et 12 câlins plus tard, le calme est revenu. La porte s’ouvre. Papa regarde Maman. Il la trouve si cernée. Il la trouve si belle. Son cœur se serre et il la prend dans ses bras.

 

18h54.
 
 
 

9 février 2014

Le doute

Le doute, parfois
M'effleure, caresse,
Souffle à mon oreille,
Me laisse perplexe.
Songeuse, rêveuse,
D'un côté ou de l'autre,
Noir ou blanc
Ou gris pourquoi pas,
Et puis non.

Le doute, souvent
M'assaille, m'envahit,
M'écrase brusquement.
Je respire à peine.
Vieille cicatrice,
Brûle et me tiraille,
Me porte, m'enlace,
Serre fort et m'embrasse,
M'étouffe, faux ami.

Le doute, c'est moi.
C'est tout, pour rien.
Je rugis, je pleure,
Je tombe, peste, maudis,
Inspire encore, encore ...
J'ouvre les yeux.
La lumière m'aveugle
Et j'y vois enfin.
Il est parti.