23 mars 2016

Périscolaire, grosse colère

Je pose ça là, comme ça, parce que j'en ai gros sur la patate. 

Déjà, salut à toi, gentil lecteur, à qui je ne fais l'honneur de passer dire coucou qu'une fois par mois. Mais tu sais, la fin du congé mat, la reprise du travail, tout ça ... C'est pas la méga forme, tu vois. Heureusement que les collègues sont choux et qu'il y a toujours de quoi bouffer dans mon service. Heureusement aussi qu'on y cause de la Bretagne, ça me fera patienter jusqu'à cet été.

Revenons à nos chèvres, parce que c'est bien le cas de le dire. Depuis que la réforme a été mise en place, comme chez tout le monde, c'est la fin de l'école à 15h45, c'est la fête pour lever les filles le mercredi, c'est la grosse pêche à 18h quand mon Crapaud commence à dormir debout ou couchée sur le parquet, c'est la bonne humeur de dogue des enfants claqués qui se mettent sur la courge pour un oui ou pour un non, pour un Playmo qu'on ne veut pas prêter, pour une tour en Kapla sur laquelle on a trébuché, pour tout, pour rien surtout.
La gentille réforme a transformé mes gosses en zombies relous ("regarde Maman, là j'ai dessiné un zombie, j'adore ça moi dessiner des zombies" - où est-ce que j'ai foutu le numéro du pédopsy moi ?) virant aux loups-garou baveux à partir de bien trop tôt.

De toute façon, on a déjà tout dit sur le sujet, les grands érudits ayant pondu (voire chié mais version constipée alors) ce truc doivent avoir des acouphènes à force de sifflements dans leurs esgourdes.

A force de bouquiner Flow et de lire des romans feel-good, j'ai voulu chercher du positif à tout ça, des fleurs, des paillettes, des licornes, des licornes qui vomissent des fleurs à paillettes ou des paillettes à fleurs. Et là, BON SANG MAIS C'EST BIEN SUR, les ateliers périscolaires !!! Ces ateliers culturels, sportifs, destinés à éveiller l'enfant, le divertir, lui apprendre, le faire basculer dans un autre monde, tu vois.

Je ne sais pas où on a basculé, chez nous. Une chose est sûre : j'y ai toujours pas croisé de licorne (blurp). Haaaa, sur le papier, c'est joli, ça vend du rêve et des arcs-en-ciel. Atelier créatif, au 1er trimestre. Putain, génial, je voyais déjà mes filles revenir avec moult grues en origami, fleurs en quilting, dessous de verre en perles à repasser. Je me voyais presque aller leur filer un cours de crochet ou leur apprendre à fabriquer des boules de Noël en pompons.
Et je suis allée chercher ma grande de 7 ans 1/2 à son atelier. Des feuilles de récup, des ciseaux, des feutres. "Tu as fait quoi ma chérie ?" "J'ai fabriqué une enveloppe !" Wouhou. "Et il nous faudrait des rouleaux de papier toilette pour la prochaine fois !". Re-wouhou. 
La semaine suivante, me fille m'a annoncé que l'atelier avait été annulé par la responsable elle-même, "parce qu'on était trop excités Maman alors elle a décidé qu'elle ne voulait pas nous surveiller." 
On a continué comme ça, mon frigo a hérité de 10 enveloppes et 12 dessins coeur-coeur-love et on n'a jamais vu la couleur du pot à crayons en PQ. 

Trimestre 2, nouveaux ateliers : théâtre et cirque pour ma grande. Canon, me suis-je dit dans ma grande naïveté ! Je la voyais déjà me déclamer du Molière sur une jambe en jonglant avec des massues en feu. Que nenni, pauvre folle ! Point de prof de théâtre, juste un sympathique animateur polyvalent et, pardon, avec un français approximatif. Point de contortionniste chinoise ou de dresseur de fauves (quoique ??), mais la prof de sport qui a fini par leur faire faire du hand-ball au bout de 3 semaines.
Et quand je m'étonne de ce que l'atelier n'a pas eu lieu aujourd'hui, ma fille me répond tout bêtement "ben on a dit qu'on avait pas envie de faire théâtre, alors il nous a envoyé jouer dans la cour." 
Ah mais oui, pardon. L'enfant-roi. L'enfant tout-puissant. L'enfant qui décide. L'enfant à qui l'on apprend que rien n'est obligatoire, que l'engagement c'est pour les nazes, qu'on n'a pas besoin d'assumer ses choix et de respecter les règles. Cet enfant que tu galères ensuite à cadrer à la maison puisqu'on ne l'oblige à rien ailleurs. Vilain parent.

Voilà les bienfaits du périscolaire par chez nous. Une gestion minable voire inexistante, un simulacre d'activités pour faire taire les parents, de pauvres employés de mairie recrutés au petit bonheur la chance, d'une incompétence rare et d'une absence d'implication sans limite.

Cette irresponsabilité a failli mener à un drame, dans notre école. Pas plus tard qu'hier. Où j'apprends que ma fille, ma toute petite de pas 5 ans, mon bébé encore, joue pendant le temps périscolaire et donc sous surveillance des fameuses employées de mairie, au fond de la cour des maternelles, à se faire mourir. Se faire mourir. En toute liberté. En toute inconscience. Pendant que les surveillantes papotent à l'autre bout sur un banc ou surfent sur Facebook, ma fille et ses copines jouent à se faire mourir. Elles s'empoisonnent à coup de morceaux de polystyrène qu'elles se mettent dans la bouche, elles s'attachent au grillage avec des cordes à sauter, elle disent vouloir faire mourir l'une d'entre elles. Et personne ne voit rien. Personne n'entend rien. Rien. Jusqu'à ce que les enfants s'attroupent. Jusqu'à ce qu'enfin quelqu'une daigne faire le boulot pour lequel elle est payée. Jusqu'à ce que monte à son putain de cerveau l'information de ce qu'elle a la vie de nos enfants entre ses mains. Ses putains de mains.


La première réaction de la directrice de l'école maternelle a été "ah mais ce n'était pas sous notre responsabilité, c'était pendant le temps périscolaire." Crois bien que ma première réaction à moi, je l'ai retenue et gardée bien serrée au fond de ma poche.

Malgré tout, aujourd'hui en classe une discussion a eu lieu entre les maîtresses et les enfants. Nos bébés de 3 à 6 ans à qui il faut expliquer que mourir n'est pas un jeu, mourir n'est banal malgré ce que l'actualité nous en dit. Que le danger peut être partout et même entre leurs tous petits doigts. A la maison nous avons redit, réexpliqué, déculpabilisé et alerté. Mais au fond de moi reste la trouille. De celle qui te ronge lorsque tu laisses tes enfants sans être certaine, vraiment certaine qu'ils seront en sécurité.

Je devais prendre contact avec la Mairie, cet après-midi, pour très clairement les insulter et savoir quel jour je comptais aller retourner leurs bureaux mais il le fallait, ce billet. Il me fallait le dire.